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Pour ce qui est de mon séjour à Saint Michel, trop insouciant alors, je ne me souviens pas avoir évoqué ce sujet avec un quelconque camarade. Toutefois , rares étaient ceux qui se disaient réellement orphelins. En ai-je seulement rencontré un seul ?

Nous étions placés dans cet établissement soit par la famille ou par des Services Sociaux. Mais qu’avions nous donc commis , pour atterrir dans ce genre d’institution ?


Il m’a fallu encore pas mal d’années pour comprendre bien que dès mon arrivée j’ai sombré dans une dépression ( mot qui n’existait pas dans mon vocabulaire à l’époque , mais pathologie dont je n'ai pu me débarrasser qu'en 2000 ) et durant quelques jours je n’ai cessé de pleurer. Pourtant j’aurais dû être rodé et plus endurci que ça, moi qui venait de passer une année à Saint Amadour près la Selle Craonnaise, dans une maison dite de santé après deux précédentes années passées cette fois au Centre Hélio Marin de Saint Laurent de la mer à Plérin.

Et bien non ! Je me suis complètement effondré à tel point que le Père Jezo lui aussi sûrement fort surpris d’un tel comportement pas courant chez les petits durs des orphelinats m’avait emmené dans sa propre famille et il a même un instant envisagé de ne pas me garder. Mais mon destin était tracé. J’ai dû me résigner et subir ainsi ces deux nouvelles années d'enfermement total en internat.

J’ai pu découvrir il y a seulement quelques jours dans un courrier qui m’a été adressé il y a cinquante ans mais vraisemblablement jamais remis que l’on me menaçait ( ma famille ) de m’expédier dans une maison de redressement ! Précisément à KER GOAT non loin de Dinan ,à Pleurtuit exactement, si je persistais à refuser de rester à Saint Michel. Mais KER GOAT, était-ce vraiment pire que Saint Mich ?

Cette lettre ( rédigée par un abbé des Cordeliers de Dinan qui disait me connaître ) n’évoquait pas Belle-Ile-en-Mer . Je n’étais donc pas considéré comme un " vaurien ", tout de même.

Ne croyez pas que je raconte ça pour que l’on s’apitoye sur mon sort. Les jeunes dans mon cas étaient sûrement légions en ces années d’après guerre. J’ai dit guerre. Voilà le ( la ) coupable.Quand on est né en pleine guerre, en 1942 que l’on a pas de père et que l’on se trouve continuellement éloigné du foyer maternel. Aujourd’hui ça parait tellement évident mais dans la tête d’un môme de 12 ans, réaliser qu’il est un " Enfant Maudit " condamné aux pensionnats .

Et c’est ainsi que ayant un père ( en captivité en France dans un camp de prisonniers de guerre ) et une mère en Bretagne , je suis devenu Orphelin Apprenti d’Auteuil.

Une Tête de boche " témoigne ! 

Comment devenait-on en ces années 50 un orphelin-apprenti d'Auteuil ? Etre un enfant maudit suffisait .

J'ai pu retrouver mon père , Willy STEMLER , soldat de la Luftwaffe affecté en Bretagne , mais au cimetière de MANNHEIM .
Comme je viens de le révéler , je suis un enfant de la guerre. Un enfant de l'amour , malgré tout , et pour preuve : 

Maman prénommée Francine, une toute jeune femme issue du monde agricole des plus modeste  ( son père Francis HERVY , louait la ferme " Les Guettes " située au milieu d'un polder , à Saint Suliac,  près de son lieu de naissance : Saint-Père-Marc-en-Poulet , village célèbre pour sa Route du Rock , chaque année en août ) , était l' ainée d'une fratrie de trois enfants , corvéable à merci au point d'en ignorer la scolarité.

Afin de pouvoir se soustraire à l'esclavage de la ferme que lui imposait son père elle s'est jetée à la tête d' un jeune boucher de Corseul ( 22 )  , Albert SAMSON , avec lequel elle s'est mariée en mai 1937 alors qu'elle n'avait que 17 ans  .

Deux années plus tard ,celui-ci qui avait été mobilisé en 1939 s'est retrouvé prisonnier en Allemagne . 

Maman, jeune femme esseulée, sans enfants ,devenue bonne à tout faire dans une famille de Saint Servan puis de Saint Malo, s'est éprise, à une date que j'ignore, d'un bel occupant de 10 ans son ainé qui avait de l'allure et s'exprimait parfaitement en français , rencontré à Saint Malo et avec lequel elle a filé le parfait amour durant de nombreux mois .

Avec l'aide de ce soldat Allemand de la Luftwaffe, prénommé Willy , elle a  trouvé un emploi au Grand Hotel de Saint Lunaire, siège de la Kommandantur où il avait été affecté  . C'est dans ce magnifique établissement que je fus conçu au début de l'année 1942.

En début de grossesse , maman a subit une opération chirurgicalequi lui aurait permis de se faire avorter en toute légalité . Selon des déclarations ( faites à mon épouse Adriana à laquelle elle a consenti à se confier peu avant sa disparition ) mon père lui a demandé de garder l'enfant . ( Si ce n'est pas une preuve d'amour !  Quand bien même que ce serait l'unique ! ) C 'est ainsi qu'en novembre, je suis né à Dinan où il venait d'être muté, précisément à l' hotel de Bretagne, maman l' ayant suivi, afin de ne pas le quitter et de conserver également son emploi .

Le lendemain de ma naissance , alors qu'il venait d'être informé qu'il était papa d'un garçon , sans même être autorisé à venir nous voir à la maternité de l'hôpital de Dinan, mon père a été déplacé ( Sanction parait-il courante chez l'occupant lorsque celui ci avait connaissance de telles naissances  ) disparaissant ainsi à jamais .

C'est ainsi qu'il m'a fallut attendre l'hiver 2000 pour pouvoir enfin prononcer pour la première fois de mon existence le mot " papa " en pleurs sur sa tombe au cimetière de Mannheim .

Voici ainsi résumée la venue au monde d'un embryon de la future Europe aux 27 nations .
Durant les mois et années suivantes maman a pu rester en relation avec mon père par la correspondance qui lui était transmise indirectement par les autorités militaires Allemandes FELDPOST

Mes grands parents paternels vivant en Allemagne ayant appris ma naissance ont demandé à me prendre auprès d'eux . Maman s'y est opposé .

Dommage !  Une famille de grande culture , fort  honorable , aisée . Auprès d'eux ma destinée aurait été tout autre .

Je sais cela depuis peu, ma tante Lilo m'ayant remis la correspondance que mon père avait reçu de maman avec de nombreuses photos de nous deux qu'il a conservées jusqu' à sa mort , survenue en janvier 1985.

En revanche, le courrier d' Allemagne qui était destiné à maman et les photos de mon père ont été détruits par sa soeur benjamine à la fin des hostilités , par crainte que ce ne fût découvert par la résistance .
Après la guerre , Esther, la jeune soeur de maman qui était mariée et sans enfants a bien voulu me garder quelques temps à Dinard .
Les plus merveilleux et uniques souvenirs d'affection et tendresse de toute mon existence , je les dois à Esther et son époux Jules, oncle et tante débordants de gentillesse à mon égard . Ils m'ont traité comme si j'étais leur propre enfant .

Mais un tel bonheur à une fin .

En 1950 , me voici admis au préventorium hélio-marin de Saint Laurent de la mer à Plérin ( 22 ) , où je suis resté deux années.

Puis ce fut ensuite un autre préventorium situé cette fois loin de la mer ( dont l'air soit-disant me rendait nerveux ) qui m'a accueilli . Je suis resté un an à Saint Amadour près de La Celle Craonnaise dans la Sarthe .

De retour à Dinan, je me suis retrouvé au logis maternel ,constitué d'une simple pièce sans eau ni confort, qu'occupaient maman, son ami ( un ancien résistant ) et mes deux jeunes demi-frères . Deux adultes et trois enfants dans une petite pièce, avec un petit dur, comme j'étais considéré, la vie ne pouvait durer longtemps ainsi . Et puis ne dit-on pas que son chien à la rage quand on veut s'en débarrasser ?

Un charitable éclésiastique l'abbé Eugène LUCAS professeur aux Cordeliers de DINAN s'est chargé à la demande du couple formé par maman et son concubin le " FFI " de me trouver une nouvelle destination , toujours dans mon intérêt . Il faut reconnaitre que l'ex résistant ne me kiffait pas terriblement et, réciproquement .

Forts efficaces quand il s'agissait d'agir pour mon plus grand bien, l'Abbé des Cordeliers qui disait me connaitre , le FFI , et maman m'ont " assigné à résidence " à l' orphelinat Saint-Michel-en-Priziac, pour une durée de plusieurs années, de préférence jusqu'à mes 18 ans , avec peut-être , si j'étais bien noté,  un droit de visite à Dinan , le joyaux de la Bretagne . J'ai tenu deux ans dans cet enfermement, sans voir un quelconque habitant de la belle ville qui m'avait vu naitre .

Sur la lettre datée du 1er mai 1954 et adressée au Directeur de l'orphelinat ( dont je détiens la copie )  le bon abbé précise que c'est bien à KER GOAT qu'il est question de m' expédier si je ne voulais pas rester à Saint-Michel,  et d'ajouter textuellement :  " En tout cas sa mère ne veut pas s'occuper de lui et l'enfant est livré à lui-même " . . . 

Le 2 juillet 1956, soit 5 mois avant mes 14 ans j'ai quitté l'orphelinat, par la petite porte, sachant lire ( et écrire modérément , comme vous pouvez vous en apercevoir  ) mais certainement pas aimer .
  
Entre deux séjours dans des établissements de santé je vivais au logis maternel . Bien que l'origine de ma naissance soit apparemment connue de quelques personnes du voisinnage  je m'étais trouvé une amie chère en la personne de la logeuse de maman dont le fils lui aussi ancien résistant ne supportait pas ma proximité  . Malgré ce dernier, la grand mère gâteau m'adorait et me chérissait au point que je me trouvais souvent auprès d'elle .Je me souviens qu'elle arrachait des branches regorgeantes de fruits de son cerisier que j'emportaient en cachette de maman, totalement opposée à cette fréquentation. Il me fallait passer  en me tenant accroupi, sous l'unique fenêtre de la pièce familiale , afin qu'elle ne puisse m'apercevoir, pour me rendre dans un lieu sur, déguster ces délicieuses " badilles " de madame THOMAS .

Un, jour , une locataire du garnis ,croisée dans la courette , sans que je me souvienne de la raison s'est mise à me traiter de " tête de Boche " . Je ne me suis pas laissé faire et à mon tour je lui ai répondu en la traitant du surnom dont l'avaient affublé les adultes que j'avais entendu lorsque ceux-ci parlaient d'elle et de son manque de propreté . Aussi je lui ai hurlé à tue tête : " Marie Cra-cra , Marie Cra-cra "  tant que j'ai pu . Alertée par nos cris maman est venue me chercher et sans explication avec la dame j'ai été emmené dans notre habitat . Par la suite maman m'a dit que j'avais la tête dure , cela signifiait que j'avais une tête de Boche . Trop jeune, j 'ignorais encore ce qu'était un Boche .

Une autre fois, maman m'avait vêtu d'une superbe chemisette d'été très claire et c'est pas peu fier que je suis allé faire quelques pas dans le quartier . Je ne suis pas allé bien loin , à moins de 50 mètres de là , rue Broussais , (  nous habitions " Ker Robert " au numéro  13 de cette rue Broussais à DINAN )  je me suis trouvé en face d'un homme qui effectuait quelques petites réparations sur les margelles des fenêtres basses du collège des filles . Sans un mot échangé, l'homme a soudain projeté sur ma superbe chemisette une truellée de ciment . En courant et pleurant j'ai regagné la maison . Ma mère n'a rien dit de plus que : " ce n'est rien " . Elle n'a pas voulu aller à la rencontre de cet homme .   

Je devais avoir 5 ou 6 ans , pas plus . Certainement que cet homme connaissait mon origine .

Je dis et répète inlassablement " maman " . il faut dire que malgré son absence de tendresse et le désinterêt qu'elle a manifesté à mon égard durant mon enfance , j'ai toujours adoré cette femme qui en a bavé en s'occupant  de trois enfants de trois pères différents qui n'ont pas assumé , les élevant dans la droiture , avec pour tout revenu son misérable salaire de bonne .
Même si on ne s'embrassait jamais à la maison,  maman .

Quand bien même si Noël n'existait pas chez nous  , ni l'idée même de cadeaux , ( d'ailleurs,  je déteste Noël et fuis les fêtes de famille et autres cérémonies ... ) sache que je t'ai toujours aimée, et , maintenant que tu es partie , tu me manques encore plus .


Quand bien même tu courais les rues de Dinan à ma recherche munie de ton martinet aux lanières cinglantes avec lequel tu me caressais si bien les jambes à défaut de calins , tu resteras à jamais la plus merveilleuse des mamans .


Ce ne sont pas mes deux demi-frères au régime bien meilleur au mien puisque n'étant pas Enfant Maudit, qui me démentiront .



  
Quelques humiliations , tellement naturelles et si fréquentes pour les têtes de boche
Enfant Maudit  !   Enfant de l ' Amour aussi , pour preuve . . .
Un avenir bien meilleur m'est refusé . . .
Affection et  tendresse , une tante et un oncle merveilleux , puis les pensions et l'orphelinat .
Préventorium Hélio-Marin à Saint-Laurent-de-la-Mer en PLERIN Côtes-du-Nord 1950 -1951-1952

Bertrand HERVY , le 5 ème à partir de la monitrice , debout .

Cliquez sur l'entête de lettre du PREVENTORIUM HELIO-MARIN de SAINT-LAURENT ( près SAINT-BRIEUC ) pour accéder à d'autres photos agrandies et une page entièrement dédiée au PREVENTORIUM HELIO-MARIN de SAINT-LAURENT à Plérin dans les Côtes-du-Nord .

  
Photo plus grande page Willy STEMLER
Wilhelm STEMLER , mon père , au centre , coiffé d'une casquette , entouré de ses camarades de la Luftwaffe .

Photo prise soit lors de son service militaire ou à l'occasion d'un rappel des réservistes .

Cliquez sur l'image pour aller à la page Willy STEMLER .
Me voici , vêtu comme un milord , dans un costume veste short . J'ai 11 ans . Cette photo a été utilisée pour établir ma carte Familles Nombreuses de la SNCF . J'ai pu ainsi me rendre à l'orphelinat avec une réduction de 30 % sur le prix de mon billet de train . Aucun membre de ma famille ne  m'a accompagné lors du voyage . C'est avec ce même costume que j'ai effectué ma communion solennelle le 05 juillet 1955 à Saint-Michel .
5 juin 1955 , parvis de la chapelle de Saint-Michel-en-Priziac . Ma communion solennelle .
Je me souviens encore que le photographe professionnel requis pour l'occasion par l'orphelinat m'a offert la photo en double exemplaire , apprenant par un père que je ne pouvais pas le payer . Il a préféré me l'offrir, que la détruire ,comme cela se fait lorsque les photographiés ne peuvent acquitter les clichés, m'a-t-il dit . Merci à ce photographe au bon coeur .

Ce jour là , les quelques 10 , voire 15 communiants ,  nous avons eu droit au terme de la cérémonie religieuse à un repas dit amélioré au réfectoire  . Pas de bombance mais  exit la " coche-coche " traditionnelle .

La COCHE COCHE .

Les anciens savent tous que derrière ce terme barbare se dissimule l'expression nourriture à cochons .

Plusieurs générations d'orphelins de Saint-Michel on eu droit à ce plat de patates cuites dans une graisse au goût indéfinissable , avec ajout sûrement de farine ce qui le rendait encore plus gluant .

Ce plat insipide et quotidient  dans lequel la viande était rare voire absente avait été baptisé  " COCHE  COCHE  " exactement dans le même esprit que Hervé BAZIN  avait surnommé sa mère  " FOLCOCHE " , dans Vipère au poing .
  
Bertrand HERVY Enfant de la guerre et ancien de l' Orphelinat SAINT-MICHEL-en-PRIZIAC
Je découvre enfin mon père Willy STEMLER en Allemagne mais au cimetière  de MANNHEIM.
POUR DEVENIR INTELLIGENTS , NOUS DEVONS ÊTRE AIMES . C'est bien ici que cette belle formule de BORIS CYRULNIK trouve sa véritable signification .
Dans le début des années 60, muni des faibles informations distillées au compte goutes par ma mère, je décide de tenter de découvrir ce qui a bien pu arriver à mon père après le conflit  . A -t-il survécu à la guerre ?

Je questionne tout d'abord le directeur de l'hotel de la Poste à Dinan , occupé m'avait t-on dit par les troupes d'occupation  . Là , je me fais proprement éconduire par celui ci qui ne paraissait vraiment pas enclin à se pencher sur la période où l'établissement ( qu' il dirigeait alors  ) avait été réquisitionné par l'ennemi .

Peu de temps après, à Paris , je me rends seul ( bien que jeune marié ) au siège de la Croix Rouge . La dame qui m'a reçu, après 
m' avoir écouté, m'a gentiment glissé que si ce qui me motivait paraissait justifié , il n'en demeurait pas moins que je risquais de créer une situation qui me dépassait en rentrouvant mon père , lequel , qui sait , était peut-être marié ? avait des enfants ?  s'il avait pu toutefois survivre .

La Dame de la Croix Rouge a réussi ainsi à me convaincre et pour très longtemps , hélas , jusqu'à ce qu'il soit trop tard , de " laisser tomber " .

C'est ainsi que le premier rendez-vous avec mon père , qui était bien vivant alors , n'a pas eu lieu .

J'ai appris par la suite par sa soeur, Tatie Lilo, que papa ne s'était jamais marié et qu'il n'avait pas d'autres enfants . . . que moi . ( de connus . )

Celui par qui tout est arrivé DANIEL ROUXEL, et son intervention à la télévision en 1994 , qui aura déclenché cette seconde et irrésistible envie de reprendre mes recherches , qui a abouti cette fois , au cimetière de Mannheim .



  
Maman est décédée d'un cancer en octobre 2000 . Nous nous voyons assez souvent à Dinan et je la recevais à mon domicile dans le Val d'Oise . Elle se confiait assez facilement à ma seconde épouse Adriana , pour ce qui est du passé de 50 ans  . Adriana qui est d'origine slave, du même pays que Sylvie Vartan , possède un véritable don . Infirmière du corps et de l'âme, elle attire immédiatement la sympathie , aussi,  les deux femmes furent vite complices . J'ai connu ma première dépression en 1954 en arrivant à l'orphelinat . Par la suite, ce ne fût qu'une succession de déprimes plus ou moins graves, selon . Adriana avait vite tout compris . A un moment où mon état n'était pas brillant ,c'est le moins qu'on puisse dire , elle a mis maman en face de ses responsabilités en lui faisant énergiquement remarquer qu'elle ne pouvait pas me laisser dans cet état qui pouvait conduire au drame .

Devant pareille évidence , maman a fait surgir un morceau de papier  jauni, caché depuis des dizaines d'années dans le double fond d'une boite en carton de stylo Waterman ( celui que l'on offrait dans le temps aux communions  ) sur lequel était mentionné le nom de mon père, sa ville, son quartier .
 

Même si incomplet c'était déja amplement suffisant .

Le décès de maman m 'a laissé à terre . J 'ai passé le mois de son agonie , seul à son chevet, à l'hôpital , du matin au soir , jusqu'à ce matin  vers 8 heures , où à mon arrivée , elle a paru se réveiller à mon cri " maman "  pour ensuite s'éteindre définitivement .
Je venais de recueillir son dernier souffle . Je l'avais accompagnée jusqu' à ce dernier instant .

Maman m'avait attendu pour s'en aller .

  
Peu après la cérémonie d' inhumation à Dinan qui avait réuni outre la famille , de nombreuses connaissances,  nous nous sommes rendus Adriana et moi , muni du papier au format timbre poste , dans la ville qui y était indiquée , à bord de notre voiture , avec en poche un dictionnaire bilingue .

Mannheim est une grande ville constituée de quartiers rattachés , éloignés du centre . Rheinau,  était en premier sur le papier . Nous nous rendons directement à l'église , hélas fermée . Juste derrière nous apercevons un cimetière dans lequel nous commençons en vain à rechercher une tombe . Enfin,  nous espérions y trouver une tombe , avec le nom de STEMLER et à partir de là poursuivre les recherches . Des ouvriers auxquels j'avais fait lire le papier hélèrent le conservateur qui justement surveillait les travaux . Celui ci a immédiatement compris ,  bien que nous ne pouvions échanger aucun mot en raison de la barrière de la langue .

Après consultation de ses fiches , il nous a conduit à une tombe en nous communiquant le nom de la personne qui se chargeait de son entretien ( ma tante Lilo ) Sur la pierre tombale j'ai pu lire les yeux embués au point de n'y voir plus clair : Willy STEMLER 1908-1985 .

C'est ainsi que j'ai pu prononcer sans pouvoir retenir mes larmes , pour la première fois de ma vie,  le mot " papa " face à sa tombe .

Je venais de perdre quelques jours auparavant , un être très cher, maman , et dans cette même année 2000 je naissais à nouveau
(  expression de mon médecin  ) en retrouvant celui qui m'avais tant manqué  .

Parti de Paris le matin même, muni d'un nom de personne et du nom d' un quartier de Mannheim , j'avais en fin de journée, sans connaitre un mot de la langue paternelle , retrouvé mon père, sa soeur , des cousines, cousins , neveux , enfin, toute ma famille d'Allemagne quoi !

Mon neveu Michael qui parle français m'a accompagné au domicile de sa grand-mère. Imaginez la surprise de celle ci qui en me voyant s'est écriée :  " Bertrand, le fils à Francine . Pourquoi viens-tu  seulement maintenant ?  "

Après explications traduites par Michael , Tatie Lieselotte  m'a remis le peu qu'elle possédait de son frère , c'est à dire des photos de maman et de moi , ainsi que le courrier qu'elle avait adressé durant la guerre à ma famille d' Allemagne , dans les deux langues , et c'est en lisant une des lettres que j'ai appris qu'elle s'était opposée à mon départ pour la patrie de papa .

En me voyant pour la première fois Tatie m'a immédiatement reconnu . Je ressemblais à son frère, dont je possédais également le timbre de voix ,  a-t- elle dit .

Nous nous sommes tous revus . Tatie est venue à la maison . J'ai pu l'aider à réaliser un des rêves de sa vie : visiter le musée du Louvre. . .

Il n'y a plus de médicaments à la maison . Cela aide de retrouver son père . Le docteur avait raison . C'est une véritable renaissance .

Je souhaite de tout mon coeur, que chaque "  Enfant Maudit  " , retrouve cet être cher , irremplaçable, dont l'absence lui aura cruellement fait défaut .

Bertrand HERVY




 
Premières recherches auprès de la Croix Rouge Française . Rencontre avec mon père alors vivant manquée !
Le décès de maman et aussi pour la première fois une immense lueur d'espoir
page PREVENTORIUM HELIO-MARIN de SAINT-LAURENT
En quittant l'orphelinat SAINT-MICHEL en juillet 1956  j'était loin de penser que 5 ans plus tard , début novembre 1961  , les bâtiments d'un ancien orphelinat , celui de la paroisse Saint-Sulpice , situé 11 rue du Vieux Colombier à PARIS 6 , devenu caserne de Sapeurs-Pompiers de PARIS  allaient m' héberger un temps .

Les locaux de la 4 ème Compagnie du Régiment de Sapeurs-Pompiers de Paris ma nouvelle adresse . Le recrutement se faisait alors sur engagement de 3 ans .

Ci-dessus l'écusson en toile de la caserne du Colombier 1961 .