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Ce sont deux poésies en patois gallo du pays de Dinan que notre compatriote Eugène Lissillour aura composé en septembre 1933 et février 1934 .

Les deux poésies : " LE GALLAOUEN " et "  Dit Mathurin : - au " Pardon " des Terreneuvas "  . ont été publiées dans Le Florilège du brestois Auguste Bergot , le créateur des Jeux Floraux de Bretagne .

Pour le plaisir de partager le patois de Dinan et de ses alentours , voici les deux oeuvres du poète dinannais Eugène Lissillour , que Auguste Bergot présente ainsi :

Eugène LISSILLOUR ,  Fidèle collaborateur de notre Florilège nous envoie cette fois deux poésies en patois dont on appréciera tout le pittoresque et la couleur ...

Un maho est un bas breton pour un haut breton dit gallèse ou gallaouen .................

Un gallaouen est un haut breton pour un bas breton ...............  Il y a bien longtemps ....................
" Le Gallaouen "  ( 1 )

- Vantié bin qu' j' set z'in << gallaouen >> ,
Mais j' set aussi << Berton >> que l' zaute :
Si j'sais pas << l' mahot >> d' Poullaouen ,
C' est assurément pas d'ma faute ...
Pas'qu'on n'm'en a pas soufflé mot ,
Si j'set trop << couillon >> pour l'apprendre ,
Và t'on m'fout deho d'mon hameau ? ...
L' coups d' pieds au cul m' front-y  l' comprendre ?

- Ah sacré Dié val' t' y mieux qu' ma
<< Les sieus >> qui hach' hardi d' la paille ?
Moé : Jean , Marie , Josêt Quéma ,
Je prétends être de leur taille ! ...
Si j' n' ai point d'chapiau à ruban ,
J' ai mon << voleur de pouèr >> tout comme ,
Ma << bâche >> en zinc , et mon << caban >> ...
L' chupën a t'il jamais fait l'homme ! ...

- Je n' set pas ténant chicanou ,
Mais j' set chatouillou su l' principe ;
J' cas'rai les reins d'un coup d'genou
E' sieus qui m'fraient les prendre en grippe ,
J' aim' pas qu'on nie ma qualité ,
- C' est y pasqu' un gâs << baragouine >>
Qu' il aura plus d' hérédité ! ...
... taisous , j' vous cotit les babouines .

- J' voudrâs bin savoèr Brezonner ,
Si j' patois' s' ment , ça n' veut pas dire
Qu'il y a lieu d' s' en étonner ,
De me renier , de me maudire ;
Chez-nous n' y' a pas qu' des << partisans >>
Des rénégats , des sans patrie ,
Mais des << Bertons >> , des paysans ,
Qu'ont  << Bretaigne >> en idôlatrie .

Eugène Lissillour . Dinan - Septembre 1933 .

( 1 )  Selon le poète :  " Le Gallaouen ",  désigne l' indigène du pays Gallo . Plaisant qualificatif bas-breton .

Dommage qu' Eugène Lissillour n'ait pas ajouté à son explication la signification du  terme << mahot >> 

Mahot , désignait pour nous les internes de l' Orphelinat de Priziac toutes les personnes vivant aux alentours de Saint-Michel : des bas- bretons , bretonnant pour la plupart .

En classe ,  en primaire , j'étais entouré de mahots , mes camarades habitant les fermes à proximité de l' orphelinat , des externes , qui effectuaient simplement leur scolarité dans l'établissement .

L' expression " mahot " qui ne froissait pas si elle n'était pas accompagnée de " sale " ,  était encore très courante dans les années 50 .

Mais qu'en est-il aujourd'hui ?




  
En patois gallo le poète Eugène Lissillour dit amèrement regretter de ne pas savoir " Brezonner "  et termine sa poésie en clamant avec fougue son amour pour son pays la Bretagne .

Il est certain que si son père natif de Trébeurden s'était établi dans sa région natale , les chances du poète de parler breton auraient été plus grandes .

Eugène Lissillour ne se contente pas de regrets mis en évidence dans le " Gallaouen " . Il est aussi l'auteur d'une poésie véhiculant beaucoup plus que de la simple amertume , nommée :  " Honte à la déracineuse "  , et dont voici la reproduction , avec sa présentation dans la revue La Nation Bretonne " en 1931 :
La Nation Bretonne " présente dans son numéro 5 , du 16 aout 1931 , ce cri du coeur , rédigé en vers par le poète dinannais intitulé :  Honte à la déracineuse " , et présenté ainsi par la revue :

Beaucoup de Bretons , en particulier les Hauts Bretons , ignorent la langue bretonne et en souffrent . Voici la réplique de l'un d'eux :

HONTE A LA DERACINEUSE

France , tu m'as appris la langue de tes fils ,
L'histoire de leur race aux dépents de la mienne ,
Tu m' as déshérité , le jour où tes vieux lys
Tombèrent , écrasant notre hermine chrétienne .

- Adore ton régime , admire ses couleurs ,
S'ils m'étaient étrangers je n'en voudrais médire ,
Mais ils sont à mon âme autant de non valeurs
Puisque j'en ai souffert assez pour les maudire .

- Tu m'as sacrifié sans vergogne à ton Dieu
En ne m'enseignant pas la langue de mes pères ,
Si bien que je ne suis en mon propre milieu
Qu'une sorte d' eunuque en regard de mes frères .

- Mon coeur exaspéré ne pardonnera pas
Ce crime perpétré contre ma conscience :
Avant le jour fatal de mon proche trépas
Tu devras l'expier ... j'en ai la préscience .

Eugène Lissillour . Poète dinannais .
Poésie en patois gallo par le poéte dinannais Eugène Lissillour intitulée  " Dit Mathurin : - au " Pardon " des Terreneuvas .

Petit rappel : ses ancètres du côté maternel , gens de Plouër-sur- Rance , étaient des marins terreneuvas .


... Dit Mathurin : - au " Pardon " des Terreneuvas .


- Voélà que s'approch ' not ' << Pardon  >>
Pardon ?... c'est un mot d' politesse ,
Qui est aussi de petitesse ...
Pardi , Pardon , digue din don ! ...

- << Depuis la guerre on n' pardon' plus >>
Ça se dit par plaisanterie ,
Car se serait goujaterie
Que faire injure à nos poilus .

- Pardi , Pardon , digue din don ...
- Ça s'emploie à toutes les sauces ;
Lorsque l'on tremble pour ses chausses ,
- Ou qu'on excuse son << bedon >> .

- On va prier , rire , au << Pardon >> ;
Bon Dieu , ce mot est-il donc drôle ! ...
Arthur , qui n' y joue aucun rôle
S' y  << pavane >> comme un dindon .

Eugène Lissillour . Dinan - Février 1934 .


  
Durant le confinement j'ai pu découvrir que le poète dinannais Eugène Lissillour  , né le 27 août 1888 à Saint-Servan-sur-Mer , incorporé à Saint-Malo le 4 octobre 1914 ,  dans le 47 ème Régiment d'infanterie , avait , après quelques mois de campagne contre l' Allemagne , été hospitalisé , en février 1915 , à l'Hôpital Temporaire n° 45 , situé à Cognac en Charente .

Au printemps 1915 , découvrant un vase de fleurs sur sa table de chevet  à l'hôpital temporaire de Cognac Eugène Lissillour  a écrit un poème qu'il a intitulé :  " La Rose de Mai " . ( 15 mai 1915 )  .

Autre poésie écrite dans cet hôpital temporaire de Cognac : " Pour Armande " . Eugène Lissillour précise qu'il s'agit d'une parodie sur l'air de " Severo Torelli " .

A l'intention des futurs biographes du poète et aussi des généalogistes , la poésie " Pour Armande " est bien destinée à sa fille  Armande Pierrette Lissillour " , née à Dinan ,  le 17 août 1908 .  ( décédée à Rocquencourt 78 , le 7 février 1996 ) .

Eugène Lissillour a ensuite été transféré dans une annexe de l'Hôpital Mixte de Dinan située dans des bâtiments ayant appartenu aux Salésiens de Dinan situés 29 rue Beaumanoir .

Il  a profité de sa convalescence à l' Hôpital des Salésiens à Dinan Côtes du Nord , pour écrire des poésies qui seront publiées dans Le Florilège .


Dans l'espoir que le poète dinannais Eugène Lissillour soit enfin reconnu par sa ville d' adoption où il aura vécu de 1908 , à sa mort en 1952 , voici quelques informations le concernant que j'ai pu recueillir

Renseignements qui peuvent-être utiles pour une éventuelle future biographie , à défaut , pour les généalogistes .

Eugêne Pierre Marie Lissillour est né le 27 avril 1888 à Saint-Servan-sur-Mer en Ille-et-Vilaine .

Son père : Guillaume Jean Lissillour , matelot des douanes , puis plus tard :  " préposé visiteur des douanes " ,  est né le 3 septembre 1847 ,  à Trébeurden , Côtes-du-Nord ,  de Yves Marie , et de :  Marie Josephe Le Boustouller . Il décèdera à Saint-Servan le 10 décembre 1901 .

Sa mère Joséphine Pélagie Mettrie , journalière , est née à Plouër-sur-Rance le 27 juin 1851 . Le mariage a été célébré le 19 novembre 1878  , à Plouër  .

Dans la poésie Le Port Saint-Hubert ( page 71 du Circuit Rose ) Eugène Lissillour rend hommage à son grand-père maternel Louis Mettrie , qui fut marin et aussi passeur : maître du bac du Port de Plouër .

Joséphine Lissillour née Mettrie ,  a été inhumée à Saint-Servan le 10 juin 1931 . Publication faite dans An Oaled .

Après la noce ,  les époux Lissillour se sont installés à Saint-Servan-sur-Mer , rue Saint-Pierre , non loin de la Tour Solidor . Ensuite la famille s'installera aux Quatre-Pavillons toujours à Saint-Servan .

Avant son mariage Guillaume Lissillour résidait à Saint-Jacut-de-la-mer ( 22 )

Eugène Lissillour a déclaré dans Le Circuit Rose  :  "  Dinan , ma ville adoptive depuis le 6 janvier 1908  " . ( en page 36 )  .

Notre compatriote trécorrois Eugène Lissillour , qui exerce à Dinan la profession d'ébéniste d' art Breton est un poète français bien doué , dont le talent original vient de se révéler par une oeuvre très personnelle La Voix des Vents . ... Pour la revue An Oaled , Eugène Lissillour restera donc un " trécorrois " , bien que définitivement installé à Dinan jusqu'à la mort que le surprendra le 4 mars 1952 ,  dans sa belle ville d'adoption  !

Le poète dinannais Eugène Lissillour ,  a contracté mariage à Lannion ( Côtes-du-Nord )  le 22 mai 1907 ( avant son arrivée à Dinan ) , avec Gabrielle Marie Anne Kervern , une compatriote trécorroise .

Gabrielle Kervern avait épousé en première noce :  François Marie Leon , né le 18 mai 1873 à Lannion ( 22 ) . Mariage célébré à Lannion le 16 novembre 1899 .

Les poésies " Pour Armande " et " Chansonnette à Jeannine " sont bien adressées à ses filles .

A notre connaissance , Eugène Lissillour à habité à Dinan , au :  42 rue de l' École ( 30 octobre 1911 ) ,  ensuite à Lanvallay , au Pont , sans autre précision ,
 ( 13 ocrobre 1914 ) ,  enfin , à l'adresse bien connue à laquelle il a même consacré un poème , au titre éponyme ,  située  au :  82 rue du Petit Fort .



Sur sa vie personnelle , en dehors de ses commerces et de ses randonnées à travers le Val de Rance transcrites de ses poèmes et récits , nous ne possédons encore obtenu aucune information  .

J'invite les visiteurs intéressés à revenir sur cette page
Ci-dessous ,  dans son ouvrage " En Haute-Bretagne " Librairie Celtique Paris - 1954 , Henri-François Buffet , évoque lui aussi le terme " mahos " désignant les bas bretons ,  tout en rappelant la frontière linguistique séparant les hauts et les bas bretons .

mahot désignant un bas breton s'écrivant avec un T pour le poète  dinannais Eugène Lissillour ( père trécorrois basse Bretagne , mère plouëraise Haute Bretagne )

mahos avec un S désignant les bas bretons pour l'écrivain  Henri-François Buffet .

Quelle est la bonne ortographe pour ce surnom " MAHO " désignant les bas bretons terme utilisé par leurs voisins hauts bretons ?
Tout au long de cette frontière linguistique , on s'est longtemps regardé de part et d'autre avec un tenace mépris voisin d'une sourde hostilité . Il se faisait peu de mariages entre gens de langues différentes et les gars de Lanvollon disaient aimablement à leur voisines :

" Gallezed vrein Sac'h ann diaoul war hu c'hein ! " ( Gallèses pourries , le sac du diable est sur votre dos ! )

Quant aux Gallos , ils appelaient leurs voisins les << Beurtons >> , les << Beurzonnets >> , les << Mahos >> , les << Nigousses >>  et leurs femmes les << Beurtes >> ( les Brettes ) .

Pourtant ils ne reniaient pas leur appartenance à la grande communauté provinciale dont les << Beurtons >> étaient les membres les plus authentiques .

Ils se sentaient liés à eux par une histoire vieille de dix siècles ; or , comme l' a dit Corneille : 

" Un coeur à l'autre uni jamais ne se retire
Et pour l'en séparer , il faut qu'on le déchire . "

Henri-François Buffet . En Haute-Bretagne Coutumes et Traditions d' Ille-et-Vilaine , des Côtes-du-Nord Gallèses et du Morbihan Gallo au XIX Siècle . page 20

  
Où il est encore question du terme ou appellation " maho " désignant les bretons de la Bretagne bretonnante .

Je cite Philippe Dressayre qui reprend André Siegfrieg Sociologue , historien et géographe français  ( 1875 - 1959 )

Dinan était demeurée << républicaine >> dans un pays comme l'a souligné André Siegfried , << l' esprit n'est pas autre que dinannais . Il ressemble au pays malouin ... est en fait sans contact avec Saint-Brieuc et l'on y traite un peu les Bretons - les << Mahos >> en étrangers . >>

André Siegfried, Tableau politique de la France de l'Ouest sous laTroisième république . Slatkine Reprints , Genève , 1980 , page 1211 .

Repris dans Le Pays de Dinan  1994 , page 101 , lire l'article signé Philippe Dressayre " Les élections municipales à Dinan de 1919 à 1939 ."
Si vous n'êtes toujours pas convaincu de l'utilisation du terme MAHOS pour désigner les Bretons bretonnants , je vous invite à vous rendre sur le blog Mitaw .over-blog.com/2015 , en écrivant sur votre moteur de recherches :

" Les faux << Kêr " >> . Quand les Gallos imitent les Mahos . "