[./index.html]
[Web Creator] [LMSOFT]
Poème "  UN PETIT ORPHELIN AU PENSIONNAT "  Saint-Michel des années 60 par Ernest MARIAGE
L' âme sensible et le coeur déchiré
Devant les grilles du pensionnat.
Et pourtant fallait-il y entrer
Puisque le destin m' a planté là .

Trousseau léger et âme en peine
J' arrive de loin , égratigné .
Pousse en avant et sois sans haine ,
Aime la vie , tout va changer .

Sur les chemins de solitude
En jours d'errance , de nullités ,
Retrouve ici la plénitude
Pour t'épanouir , te retrouver .

Non , ce n'est pas une Sinécure
D' avoir été tant trimballé .
Certains diront ' on en n'a cure "
Philosophie des mieux-aimés .

Devant ces murs gris et austères ,
Aucune envie d'y pénétrer .
Laisse au dehors toute ta misère ,
Franchis le seuil pour t'abriter .

Ce qui me manque , c'est la tendresse
Qu'un jour peut-être je trouverai .
Pour le moment , c'est ma jeunesse ,
Là , devant moi . . . faut l'inventer .

Quand le destin vous joue des tours
Ne faut-il pas être patient ?
Construire sa vie de tous les jours
Pour s' élever au firmament .

Tendresse absente , où étais-tu ?
Ce souvenir au goût amer
Je l'ai gardé , sans l'avoir eue . . .
Avec patience , mon coeur espère !

Dans ce dortoir , grand et " sans feu "
Les lits s'alignent , droits et nombreux .
Mes nuits seront , je l'imagine ,
Larmes , trémolos à qui mieux mieux .

Jérémiades étouffées , sanglots mesurés :
Grands tourments de mes nuits blanches
Au x matins difficiles , très tôt réveillé
Pour affronter le jour qui commence .

Ne pleure pas petit homme
Sur tes " comment ? " sur tes " pourquoi ? "
Demain , tu seras un homme
Les éducateurs sont là pour toi !

En pleine nuit , le Père Jézo
Fera sa ronde à pas de loup .
Le lendemain , le Père Sabot
Sera témoin des quatre-cents coups .

Les insoumis seront punis
Ou renvoyés sur-le-champ .
Pourquoi ces duretés de vie ?
Pour être des hommes tout simplement !

Le clairon sonne : fanfare en tenue
Drapeau hissé - " silence " - " garde-à-vous " !
Le Supérieur dans les rangs , fait sa revue :
Chaussures non cirées , c'est pas bon pour vous .

Direction le dortoir pour pour tenue négligée .
Sanctions le lundi soir et pluches en corvée .
Pas de cinéma : " Salle des privés " !
Punitions pour l'exemple , fallait pas fauter .

Le surveillant , à la chapelle ,
Sur son prie-Dieu , trône fièrement .
Daniel Brottier et Sainte Thérèse
L' aident à veiller sur les enfants .

Ils n'ont pas tous la tête nimbée
Car trop longtemps ils sont restés
Dans l'ignorance , et pour prier
Jamais personne les ont aidés .

Au réfectoire , les clameurs montent
De l' assiette percée coule le " café bouillu "
Maigre pitance pour tout ce monde :
Surveillants et élèves , le même menu .

Dans les cours de récré pour le " quatre heure "
Les enfants alignés sur deux rangs se présentant
Pour un morceau de pain non tartiné de beurre
Que l'eau du robinet humectera plus tendre .

Au pas cadencé , les sections sortent et chantent
Pour la promenade désignée à l' avance .
Tourne-Bride , au carrefour , sépare les unités
Qui seront au retour , de nouveau rassemblées .

Sport favori de l'époque , le football est premier
Au terrain , ce dimanche , les apprentis vont jouer .
Sur les gradins de pierre , pour les encourager ,
Tous réclament la victoire . . .  il faut les supporter .

" Non , non , non , non : Saint-Michel n'est pas mort
Car il gagne encore . . . Car il gagne encore ! "
Ils iront même jouer , peut-être en Angleterre ,
Mais sûrement ici , car ils sont les plus forts .

Pour choisir ton métier après classes primaires
Où tu as brillamment passé quelques années .
Tu auras pour cela , ce n'est pas mince affaire ,
L' orientation de choix , car tu seras guidé .

Trois ans , quatre ans , peut-être plus
Suffiront bien pour te former .
L' abbé Le Corre qui faisait plus
Pour que les jeunes soient bien armés .

Pécule en poche , tu peux sortir ;
Des chaussures neuves ? . .  plus de sabots !
Costume " sur mesures " pour te couvrir
Bagages tout neufs . . . c' est bien plus beau !

Les années passent , te voilà libre ,
Prêt à partir pour faire ta vie .
Car tu n'est plus à la dérive . . .
Et n'oublie pas de dire : " Merci " !
1950 ou 1960 , la vie était telle que racontée dans ce poème , sans aucune différence .

Le poème " UN PETIT ORPHELIN AU PENSIONNAT "  Saint-Michel des années 60 par Ernest MARIAGE a été publié dans l' ÉCHO DE SAINT-MICHEL de janvier 2014

Il est reproduit ici avec l' aimable autorisation de son auteur .

Membre du Comité de Rédaction de l' écho , Monsieur Ernest MARIAGE raconte en outre dans le journal : l' histoire de Saint-Michel . C'est  à découvrir dans chaque parution de l ' ÉCHO , à la rubrique : Album des Anciens  , sous le titre :

L' ORPHELINAT SAINT-MICHEL . . . " dans l' ère du temps " , de Kerlorois ( 1856 ) à Ker-Menguy . . .




  
" Pour devenir intelligents , nous devons être aimés ." ( Boris CYRULNIK  . De chair et d' âme . Odile Jacob. Septembre 2006 . )